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February 22, 2012

Entrelacs : Ai Weiwei au Jeu de Paume

by Awstein
AiWeiwei_03

Il a fait des “fuck” à la statue de Mao, mais aussi à la tour Eiffel et aux paysages les plus connus du monde. On le soupçonne à cause de cela d’être un provocateur sans vraie vision artistique. Mais lorsqu’on se penche sur son oeuvre, un monstre titanesque de photos, d’écrits, de sculptures accumulés depuis 30 ans, on s’aperçoit vite que Ai Weiwei vaut bien, bien mieux que cette étiquette. D’ailleurs, le régime chinois ne s’y est pas trompé, qui l’a récemment emprisonné pendant 81 jours dans des conditions très dures. Depuis hier, le Jeu de Paume consacre à l’artiste l’exposition la plus complète qui lui ait jamais été dédiée.

Divisée habilement en deux parties, l’une constituée des “photographies de jeunesse” de Ai Weiwei, l’autre de sa titanesque oeuvre multimédia, Entrelacs s’étend sur 5 salles. Sa scénographie épurée – quelques textes sérigraphiés sur les murs blancs – fait la part belle aux images du photographe chinois.

Laisser tomber une urne de la dynastie des Han

Laisser tomber une urne de la dynastie des Han, 1995

Elle l’attrape d’abord à son arrivée à New York, quand, fasciné par le pop-art, le ready-made et le photojournalisme, le jeune Weiwei documente scrupuleusement son mode de vie bohème. Des images partagées entre le reportage et les photos souvenir, où l’autoportrait tient déjà une place prédominante. La suite du parcours s’égrène sans accrocs jusqu’à ces photos de portable qu’Ai Weiwei poste sur son blog puis son Twitter – une somme de témoignages hyperdétaillés, presque du minute par minute.

A première vue, la carrière ainsi tracée surprend par une chose : son manque de cohérence. Tantôt architecte, tantôt journaliste, Ai Weiwei devient paysagiste quand ça l’arrange et photographe de soirée quand ça lui plaît. Sur la moitié des photos, il est omniprésent, de son majeur dressé dans tous les pays du monde, à sa nudité sans sensualité qui exhibe un “FUCK” bronzé sur le torse. Sur l’autre moitié, il est entièrement absent au point que l’image semble impersonnelle. Alors, où veut-il en venir ?

Stade olympique

Stade olympique, 2005-2008

Le fil rouge de ce parcours curieux, le commissaire de l’exposition le trace délicatement d’une salle à l’autre. Du jeune homme timide enivré par une liberté dont il n’avait jamais soupçonné l’existence, à l’homme vieillissant qui gifle le régime communiste en fuitant sur Twitter une photo de lui, opéré en urgence après un passage à tabac, en passant par ces photos de monuments en construction qui documentent, documentent à n’en plus finir par peur de l’oubli… Il y a une thématique qui se dégage, et une seule : la défense de l’individu, l’affirmation de la pensée personnelle, le droit à une existence propre.

C’est cette ivresse d’individualisme, cette prétention à l’humour, ce droit à se mettre à nu qui irrite le communisme chinois – un régime sclérosé où l’humour est proscrit parce qu’il empêche la vénération aveugle, où l’individu est proscrit parce qu’il empêche le sacrifice volontaire et la nudité est réprouvée parce qu’elle est une forme de vérité.

Il faut aller parcourir les salles d’Entrelacs. Il faut y aller sans trop de sérieux, sans prétention et sans martel théorique en tête. L’art s’y crée à partir du quotidien, autour d’une personne devenue personnage dans l’espoir de devenir un peu symbole. La photographie d’Ai Weiwei ouvre l’esprit – et dans son contexte, c’est le plus grand des courages.

 

Entrelacs au Jeu de Paume, du 21 février au 29 avril

1 place de la Concorde, 75008 Paris
Mardi de 11h à 21h.
Du mercredi au dimanche de 11h à 19h.
Fermeture le lundi, y compris les jours fériés.
Tél. 01 47 03 12 50
Site web

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